"La lumière, furtive, fulgurante, ouvre des brèches, crève la surface, comme une lave assoupie qui soupire de plaisir."

 


Extraits de l'entretien des élèves avec Colin Cyvoct (mai 2001)

-Qu’est-ce qui vous a orienté vers l’abstrait ?

Colin Cyvoct : Au début, je n’y avais pas pensé. Pour moi, peindre, c’était être heureux. Peu à peu j’ai découvert que l’énergie dégagée par la couleur et le geste était plus important que la ressemblance avec un paysage. Mes tableaux sont devenus abstraits en oubliant leur point de départ.

 

-Quel est le plus difficile entre le figuratif ou l’abstrait ?

C. C. : Pour moi, l’abstrait c’est quelque chose où je me retrouve plus intimement. Le figuratif a une référence qui sera la même pour vous, c’est donc moins personnel

 

-Vos tableaux, viennent-ils d’un long raisonnement ou d’une inspiration soudaine ?

C. C. : Je pars d’idées très générales. Par exemple faire une toile en blanc noir et gris, ou bien avec des rouges très forts.

 

-Avant de commencer, avez-vous son image dans la tête ?

C. C. : Pas d’image très précise, mais des directions :à droite ce sera dans les jaunes, à gauche dans les bleus, au milieu des blancs... Les images dans la tête, c’est du virtuel. C’est comme un rêve qu’on raconte. Les mots sont trop petits pour dire le rêve. Je pense que la peinture c’est pareil. Le tableau se fabrique au fur et à mesure.

 

-Par quel endroit de la toile commencez-vous quand vous peignez ?

C. C. : En général, je trace quelques lignes au crayon simplement pour la construire. Je ne pars pas directement avec le pinceau et la couleur. Le dernier endroit que je travaille est celui que je veux le plus vivant et le plus fort.

 

-Commencez-vous par la couleur dominante ?

C. C. : C’est souvent une couleur qui sert à construire la toile. Elle ne sera pas forcément dominante à la fin Parfois même elle peut disparaître. Je peux commencer avec un rose et un bleu et à la fin la toile sera verte et jaune. Avec l’acrylique on peut recouvrir les couleurs.

 

-Pourquoi si peu de couleurs dans vos tableaux ?

C. C. : Au début j’en mettais davantage. Je me suis rendu compte que mes tableaux étaient plus forts, donc plus intéressants si j’en mettais moins.

 

-La couleur est-elle plus importante que la forme ?

C. C. : Pour moi, la couleur c’est une lumière.. Donc elle a plus d’importance que la forme. Mais la forme est importante pour construire la toile. Si on ne la construit pas elle sera molle.

 

-Pourquoi ne mettez-vous jamais de noir dans vos peintures?

C. C. : Je l’évite car il absorbe toute la lumière. Le noir pur, c’est un trou dans la toile. Je préfère utiliser des bruns ou des bleus très foncés.

 

-Pourquoi travaillez-vous les effets de matière ?

C. C. : Une couleur n’est pas juste une couleur. Avec la matière, la lumière va changer la couleur selon le point de vue. La matière provoque des effets d’ombre et la couleur paraît plus foncée. Je veux que quand on bouge devant une toile la peinture apparaisse différente selon la lumière qu’elle renvoie.

 

-Pourquoi certains tableaux sont-ils faits sur l’envers de la toile ?

C. C. : Parce que l’envers de la toile est irrégulier, plutôt ocre . Il y a des empreintes provoquées par la couche d’apprêt dont je me sers comme point de départ. Je n’aime pas travailler sur la toile toute blanche et toute propre.

 

-Pourquoi peignez-vous les bords de la toile ?

C. C. : Je ne veux pas que ma toile soit enfermée dans un cadre trop près d’elle. J’ai envie qu’elle respire. C’est pour cela que je peins les bords du châssis ;

 

-Comment sait-on qu’une peinture est finie ?

C. C. : On ne le sait jamais. Il y a une loi en France qui dit que tant qu’un artiste n’est pas mort il a le droit de retoucher sa toile même s’il elle est dans un musée, ou chez un particulier. Une toile est terminée quand à la fois j’ai l’impression qu’elle est assez riche en informations de signes, de couleurs, de valeurs et de matières mais également quand elle me renvoie un sentiment de plaisir. Le plaisir c’est de voir qu’elle est équilibrée et d’une certaine manière la vie est un équilibre.

 

-Quand vous regardez votre peinture est-ce qu’elle évoque des formes du réel ?

C. C. : Ca arrive. Mais le lendemain elle peut m’évoquer autre chose. Une toile abstraite est justement là pour permettre à chacun d’imaginer. Quand vous regardez une toile, ce qui compte c’est l’énergie qu’elle dégage, c’est à dire la lumière qu’elle renvoie comme force.

 

-Est-ce que vous vendez facilement ?

C. C. : Non, car on peut vivre sans peinture. Ce n’est pas quelque chose qui est indispensable pour vivre. Les gens qui achètent sont comme moi, ils ont besoin de cela pour vivre. Mais je vends quand même bien ;

 

-Comment faites-vous ?

C. C. : j’ai des collectionneurs qui viennent me voir à l’atelier. Je fais aussi des expositions chez des marchands. C’est le meilleur moyen pour vendre car ce sont des professionnels qui vendent pour gagner de l’argent.

 

-Ne vivez-vous que de la peinture ?

C. C. : Je ne fais que de la peinture, mais comme mon atelier se trouve dans un hôpital de personnes âgées, je l’ouvre aux malades qui viennent travailler à mes côtés sans que je leur enseigne quoi que ce soit. Ceci est possible grâce à une association que l’on a crée et qui me rémunère. Donc, je ne vis que de la peinture, mais pas seulement en vendant des tableaux.

 

 

-Nous avons essayé de peindre de l’abstrait mais beaucoup n’ont pas réussi . quels conseils pouvez-vous nous donner ?

C. C. : Moi je n’ai pas de conseils à vous donner si ce n’est d’avoir du plaisir quand vous peignez. Le reste c’est à vous de le trouver. Il n’y a pas de recettes. Par contre il ne faut pas prendre trop de couleurs, ni faire trop de gestes différents. Le reste, ça vous regarde, c’est une question de sensibilité.

 

-Êtes-vous satisfait de la Galerie Bleue ?

C. C. : C’est toujours agréable pour un peintre d’exposer son travail. Ainsi, il se rend compte si ce qu’il fait intéresse les autres. Mais d’habitude, on ne parle pas beaucoup les gens. Lors d’un vernissage qui dure deux heures il y a beaucoup de monde mais on n’a pas le temps de parler à chacun. Donc c’est frustrant.. On ne sait pas s’ils aiment ou pas. Pourtant, cela permet de se remettre en question. Ce que j’apprécie ici, c’est ce qui se passe en ce moment. C’est d’entendre vos questions auxquelles je n’aurais pas pensé, et ça pour moi c’est important. Le fait que mes peintures soient exposées avant que je vienne, que vous les connaissiez toutes parfaitement, ça c’est très chouette.

 


Après avoir exploré la peinture de Colin Cyvoct, tous les élèves du collège ont eu à réaliser une peinture abstraite de 40 cm x 40 cm, afin de réaliser des "murs" de peinture. Chaque classe avait droit à "sa" manière et avait comme consigne de travailler les formes, leur direction et devait choisir une dominante colorée avec un nombre restreint de couleurs.

En arts plastiques

Notions abordées selon les niveaux de classe

 la couleur et ses nuances

 le geste du peintre

 la matière et ses effets

 les expressionnistes américains : Pollock et Rothko

 des abstraits français : Matthieu, Soulages, Debré

 un abstrait géométrique : Vasarely

 

"A partir du moment où j’ai commencé, je n’ai plus été bloqué. Ce tableau m’a procuré du plaisir, mais m’a aussi fait

réfléchir pour équilibrer et accorder les couleurs. J’aurais dû

en mettre de plus franches. En revanche, je suis plutôt content

de la répartition des matières."  Jérôme St- M.(3ème)

 

"Peindre m’a permis d’adopter une attitude d’indifférence vis

à vis du tableau, pour faire comme si j’étais une autre personne, et donc de voir si j’avais réussi à exprimer ce que je

voulais. C’est très important pour moi de réussir à faire passer mes sentiments dans mes tableaux". Marie- Estelle M.(3ème)

 

"Quand j’ai commencé j’ai eu du mal à imaginer mes formes, leur taille, leur sens. Le travail de la couleur n’a pas été trop difficile car constamment j’en créais de nouvelles. Avec trois pinceaux différents, le travail a été plus facile. Il m’est arrivé, quand je n’avais plus d’idée pour mes gestes, de regarder d’autres peintures… J’ai eu du plaisir. J’ai appris à avoir de la patience car on n’obtient pas toujours ce que l’on souhaite.

Ce n’était pas un jeu, c’était plutôt instructif. Il fallait comprendre, mais il y avait des choses difficiles". Charlotte M.(5ème)

 

Les élèves de 3ème présentent Colin Cyvoct dans le "Coup de Pouce" 

 

Cyvoct est un peintre abstrait puisque son souci n’est

pas de figurer la réalité. Il travaille avec les matériaux de la

peinture : la couleur, la forme, et la matière. Ainsi chacun

peut exprimer, imaginer et rechercher ce qu’il veut dans le

tableau car le peintre travaille sur l’implicite et laisse à celui qui

regarde une plus grande liberté.

 

Colin Cyvoct utilise des supports variés. Il peint sur

toiles, ardoises et dessine sur papier.

De même il utilise des formats divers : rectangulaires, carrés,

parfois rompus à certains endroits. Il peut peindre sur des

grandes et petites toiles. Colin Cyvoct est l’un des rares peintres

à peindre sur le bord des toiles. On a l’impression qu’il a

découpé sa toile et qu’il l’a installée après sur le châssis.

 

Colin Cyvoct utilise de la matière (sable, gravier, envers

de la toile). La LUMIÈRE joue sur la matière en s’arrêtant sur

ses irrégularités et cela provoque des petites ombres qui

modifient les couleurs.

 

Colin Cyvoct ne dessine pas. Il s’exprime par la

tache. Dans ces tableaux il n’apparaît pas de lignes ni de

formes géométriques mais des surfaces de couleurs qu’il n’hé-

site pas à entrelacer. La douceur des couleurs est attirante.

 

Colin Cyvoct utilise peu de couleurs dans ses tableaux,

trois au maximum. Grâce à la matière et à la lumière, les cou-

leurs prennent divers aspects. Les superpositions de couleurs

nous laissent voir les couches précédentes et créent des

valeurs différentes.

 

Le geste de Colin Cyvoct est ample et mesuré à la

fois. Sur certains tableaux il associe la lenteur et la vivacité.

Cette gestualité exprime à la fois le calme et la nervosité. Sur

de petits tableaux ses gestes sont brefs et irréguliers. Ses

grands tableaux expriment la sérénité.

 

En Français

 

L’herbe emporte avec la mousse, le

reste de la vallée et il ne reste qu’un

trou noir, sinistre, sans doute une

grotte avec des taches marron et des

fantômes affolés, stupéfaits.

Un ruisseau d’encre noire traverse la

forêt à la vitesse de l’éclair.

Un conseil, n’entrez pas dans ce

tableau, il pourrait vous emporter

à jamais.

Vincent T. 6ème C

 

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