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"Je ne cherche pas à exprimer des sentiments, mais il y a une grande partie de moi-même dans les tableaux." |
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Exploitation pédagogique | |
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en Mathématique |
en Français |
Cliquez sur les affiches de présentation des travaux d'élèves pour visualiser un court extrait de la production |
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Nicole GUYHART se consacre à la peinture et partage son temps entre FRETEVAL, petit village du LOIR et CHER et ST MALO. Elle expose depuis 1974 ; Elle est membre du Comité du Salon d’Automne depuis 1999 où elle est responsable du groupe de l’abstraction géométrique. Elle est cofondatrice du groupe Art Construit International Elle expose régulièrement avec le Mouvement MADI Italie et MADI Vénézuela.
Cette 23ème exposition de la Galerie Bleue nous amène dans l’univers de l’art abstrait géométrique dont l’origine remonte au début du 20ème siècle avec Mondrian et Malévitch, lequel assurait que c’est " un art révolutionnaire, profondément réaliste parce qu’il ne se contente pas de copier la réalité telle qu’elle est, mais d’en inventer une nouvelle ". La peinture de Nicole Guyhart ne propose pas de référence au réel, mais un univers construit à la règle et à la couleur. L’économie des moyens plastiques caractérise son œuvre. Ici, pas de manifestation du geste, pas de matière, pas de vibrations, mais des formes parfaitement délimitées, rectilinéaires, traitées en aplats parfaitement uniformes s’organisent dans l’espace clos de la toile. Les rapports de surface, de forme et de couleur sont l’enjeu de la recherche qui produit équilibre et harmonie. Avec ordre et méthode, parallèlement aux bords du tableau, carrés et rectangles se juxtaposent, se superposent, s’accolent ou s’évitent selon des espaces précis ; l’angle droit calé sur l’horizontale impose sa force, sa stabilité et sa neutralité. Posé sur sa pointe, il semble entrer en mouvement et opérer une danse calculée et suspendue dans l’espace. Statisme, dynamisme, symétrie, asymétrie, ce jeu des oppositions est maîtrisé avec une extrême rigueur. La couleur est volontaire, franche, délibérément calculée. Opaque, uniforme, elle recouvre les formes en aplats lisses. Les tons purs sont exclus au profit de teintes rompues qui s’harmonisent avec une infinité de gris subtils. La gamme chromatique est riche et raffinée, choisie dans les harmonies froides. Ainsi des valeurs de bleu voisinent avec des valeurs de violets froids ; des ocres, des bruns et des rouges cramoisis réchauffent des noirs profonds, tandis que de fines lignes blanches ou noires tranchent un aplat et soulignent la composition. Certaines œuvres relèvent du mouvement MADI. Elles s’affranchissent du format traditionnel du tableau et du support de la toile. Ce sont des constructions de plaques de bois qui se déploient dans l’espace-plan, jouant sur l’épaisseur, avec des formes dominées par l’oblique et l’angle saillant et traitées avec la même sobriété de la forme et de la couleur. Alors que nous vivons dans une société du paraître, où se montrer donne l’illusion d’exister, on ne peut qu’être troublé devant cet univers lisse et épuré où la main qui peint ne communique aucune sensation, où le corps de l’artiste s’efface, ne laissant rien transparaître de l’élaboration de son oeuvre. Cette mise à distance ne donne à voir que l’œuvre achevée. Elle est d’abord pensée, élaborée dans sa totalité puis exécutée. Sa réalisation ne laisse aucune place au hasard. Pas de repentir, pas d’hésitation, pas de dessous, mais une perfection de la forme et une radicalité de la couleur qui viennent à contre courant de notre société marquée par la profusion, l’opulence et la confusion. Et c’est cette construction rigoureuse qui retient notre émotion.
Anto Alquier
Le mouvement MADI (M comme mouvement, A comme abstrait, D comme dimension, I comme invention) a été lancé en 1946 en Argentine par Arden QUINN. Son objectif est d’inventer une nouvelle esthétique sortant des cadres traditionnels en peinture ou de la masse en sculpture. |
Pourquoi avez-vous choisi d’être artiste ? Vers huit ou neuf ans je dessinais déjà. Mais je me suis toujours dit que je voulais être artiste. C’était une décision. Quand j’étais adolescente, vers quatorze ans , on était en bandes, mais j’étais à part car j’aimais la poésie, j’avais un carnet de dessin. On m’avait appelée VERLAINE OPALE. Je regardais les choses d’une certaine manière. Même si je n’en parlais pas, ça se voyait. Ca n’a jamais varié même si je n’ai pas toujours pratiqué comme je le voulais. Exprimez-vous des sentiments à travers votre peinture ? Je ne cherche pas à exprimer des sentiments, mais il y a une grande partie de moi-même dans les tableaux. A travers votre peinture on vous perçoit comme une personne froide, réservée, timide, stricte , ordonnée. Lesquels de ces adjectifs vous conviennent ? Froide ? non, j’aime bien la vie ; timide ? quand j’étais jeune ; réservée ? m’oui, mais j’aime beaucoup communiquer ; je suis éclectique, j ‘aime beaucoup de choses. Est-ce que c’est difficile de pratiquer ce métier ? Il a deux versants : il y a l’action de peindre et montrer son travail. Le premier versant n’est pas compliqué. Quand on a envie on trouve toujours de quoi travailler, mais pour le deuxième, il faut être prêt, trouver des lieux. C’est commencer qui est difficile. D’où vous est venue l’idée de peindre des formes géométriques ? Je n’ai jamais eu l’idée de peindre des formes géométriques. Au tout début j’étais figurative, je peignais des paysages. Ce qui m’intéressait c’était les lignes maîtresses, et non le petit détail. Plus tard j’ai regardé le paysage d’en haut, puis je me suis attardée sur les machines dans les ports. Donc j’arrivais à une certaine géométrie. Puis j’ai déstructuré le paysage. Puis j’ai introduit la matière : le sable, le papier. C’est petit à petit que je suis arrivée à la géométrie. Est-ce plus facile de faire des formes géométriques que des formes figuratives ? C’est une question de maîtrise du geste, mais les contraintes sont plus importantes dans la géométrie. C’est plus long, il faut être calme, très concentré. Quand je trace ma ligne je ne pense qu’à elle. Pourquoi avez-vous choisi l’abstrait géométrique ? Ce n’est pas un choix, c’est une forme d’abstraction qui m’a amenée à ça ainsi que des rencontres, des discussions. Ca m’a pris vingt ans. Pourquoi travaillez-vous le plus souvent dans des couleurs sombres ? On ne peut pas échapper à ce qu’on a vécu. Jusqu’à dix sept ans j’ai vécu à l’intérieur de Saint Malo, à l’intérieur des remparts. C’était une cité de pierre, sans arbres. C’était une ambiance particulière qui a beaucoup joué. J’ai vécu dans la grisaille. Mais le gris est une couleur intéressante . Pourquoi n’utilisez-vous presque que des carrés ? Virtuellement le cercle est présent ! j’ai beaucoup travaillé sur le triangle. Le carré est une forme intéressante à diviser. C’est la forme qui m’intéresse le plus en ce moment. Je travaille par séries, par exemple une série sur les carrés évidés. Chaque série est un point de repère. Est-ce que vous mettez n’importe quelle couleur ou bien est-ce qu’il y a un rapport entre les couleurs et les carrés ? Une couleur s’impose à moi. J’ai travaillé sur le rouge, le jaune. Je prends une couleur de base que je n’utilise jamais pure . En rabattant (ou rompant) la couleur je lui donne plus ou moins d’éclat et je cherche quelle résonance elle a selon ses différentes déclinaisons à côté de gris différents. Le gris peut-être chaud ou froid parce qu’il n’est pas seulement fait avec du noir et du blanc. J’introduis d’autres couleurs . On peut le faire avec beaucoup de couleurs. Ce qui m’intéresse c’est le devenir des couleurs les unes en contact des autres. Quelle peinture utilisez-vous ? Après avoir longtemps travaillé à l’huile, je suis devenue allergique à la térébenthine. A regret j’ai dû prendre l’acrylique. Quels outils utilisez-vous ? J’utilise des brosses plates très larges très souples et très fragiles, rarement des petits pinceaux Pourquoi n’y a t-il pas de traces de pinceau sur la toile ? Je recherche un espace absolument lisse, parfait, sans trace. Je superpose au moins six couches de peinture pour obtenir ce résultat. C’est une des règles de l’art construit : les aplats doivent être parfaits, la construction parfaite. Même la signature ne doit pas venir ternir l’aplat. On laisse peu de trace de la main. Est-ce que le point de départ de votre peinture est le réel ? L’abstraction n’a aucune référence à la chose vue, par contre Je vis dans le réel. Le carré est une réalité, le support de la toile est réel, donc je suis dans le réel. Ma peinture est faite d’éléments géométriques bien réels et chacun peut y voir ce qu’il désire. Avez-vous déjà fait une peinture au hasard ? Ce n’est pas possible. Comme je travaille sur l’espace, la forme et la couleur, la construction est primordiale. Tout est calculé et l’espace autour des formes est aussi important que la forme. Il n’y a aucun hasard. Les tableaux suivants, découleront de celui-là. Que représente à vos yeux " carrés en liberté " La liberté ! Mais chacun peut y voir ce qu’il veut. La participation du spectateur est très importante. Comment faites-vous pour assembler les pièces d’une construction ? Sur le croquis, il est évident que je dois penser à tout. Comme tout se tient je dois penser aux contraintes de l’assemblage : collage, vissage des différentes pièces. Que vous apportent les constructions par rapport à la peinture ? Les superpositions, les déstructurations, l’épaisseur, apportent une vision supplémentaire avec les ombres portées qui sont créées. Ca donne beaucoup plus de possibilités que la surface plane. Il est possible qu’un jour je fasse une mise en volume plus importante. Quel est le plus facile, peindre sur toile ou peindre sur bois ? C’est peindre sur la toile. Le pinceau glisse tout seul. Sur bois, la préparation est longue, il faut enduire, poncer, recommencer… Quelle est votre méthode pour faire vos figures géométriques ? Je fais des croquis sur un carnet. Puis j’agrandis sur un calque que je scotche sur le bois. Pour la toile, je prends la règle , l’équerre et le crayon et je reporte le dessin en agrandissant. Ensuite je peins couleur par couleur, l’une après l’autre, couche après couche. C’est donc très lent puisqu’il faut attendre le séchage entre chaque couche. Pour les constructions, c’est encore plus long ; il faut reporter le calque, découper les pièces, poncer, appliquer un enduit, poncer à nouveau, passer une deuxième couche d’enduit, poncer encore, jusqu’à ce que la surface soit parfaitement lisse. Puis recto et verso, je passe une couche de caparol afin que le bois ne voile pas, puis un apprêt et enfin la peinture en sept ou huit couches croisées et très fines jusqu’à obtenir l’opacité désirée. Pourquoi vous ne signez pas vos œuvres ? Elles sont signées et datées au dos. Une signature dérangerait l’espace net de la peinture. Et puis on montre notre peinture, pas nous ! Peignez-vous tous les jours ? Non, j’ai une vie sociale, je sors, je vois des amis, je voyage. Mais je vais tous les jours dans mon atelier. Quelquefois je me contente de regarder les toiles, j’envisage mon travail, j’y réfléchis. Le travail se passe d’abord dans la tête avant d’être sur une toile En général les peintres commencent par des peintures chargées et vont vers la simplicité. Est-ce votre évolution ? J’ai toujours été dans la simplicité. C’est peut-être au moment où j’ai voulu casser la figuration que ma peinture était la plus chargée. Mais j’ai toujours essayé d’aller à l’essentiel Que vous apporte d ‘exposer dans le collège ? C’est bien pour moi cette rencontre. Dans un vernissage, on est habitué à des questions banales de la part des adultes. Personne ne m’a autant parlé du gris . Et c’est une couleur qu’on n’a pas fini d’épuiser, c’est une couleur mystérieuse. Le nombre de gris de cette salle est déjà impressionnant !
Justement nous avons inventé de nouveaux gris et on leur a donné une définition : Le gris bouillé : le gris bouilli dans de l’eau salée Le gr(i ) tare : c’est un gris musical Le gris éléphant : c’est un gris pas si terne (pachyderme) Le gris(z )li : un gris fait avec du trèfle à quatre feuilles Le gri(s )llé : c’est un gris qui a trop chauffé Le gri(s )ion : c’est le gris atomique Le gritannique : c’est un gris anglais Le grisomique : de la couleur de la 21ème paire de chromosome Le gristo : le gris préféré de Jeanne -Claude (et Christo)
A Riscle le 7 et 8 novembre 2005
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