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"Hien Lam Duc fait partie des photographes de l’agence Vu dirigée par Christian Caujolle. Certains de ses reportages sont passés dans Paris- Match, l’Événement du Jeudi, Libération, au moment de l’exposition de la Galerie Bleue. D’origine laotienne il est réfugié à Paris depuis sa jeune enfance." |
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Extraits de l'entretien des élèves avec Hien Lam Duc (juin 1998) |
quel est votre but à travers ces photos? Hien Lam Duc : je veux sensibiliser les gens sur le problème du travail des enfants, leur exploitation. C'est une manière d'attirer le regard pour que les gens se mobilisent. C'est un travail d'engagement. C'est plus que du journalisme, c'est du militantisme.
Est- ce qu'il vous est arrivé de parler avec un enfant que vous avez photographié? H. L. D. : Quelle que soit leur langue, j'arrive toujours à communiquer . Je crois que tous les enfants du monde ont le même langage; par le jeu, par le regard, par le sourire, on communique. le langage verbal n'est pas une barrière avec les enfants.
Vous leur demandez de prendre la pose pour faire la photo? H. L. D. : La plupart du temps, quand je suis avec des enfants, je les laisse vivre comme ils veulent puis je les suis, je participe à leur vie, à leurs activités en m'effaçant toujours derrière eux. Puis je photographie de temps en temps sans qu'ils s'en rendent compte.
Quand vous allez dans des pays c'est exprès pour faire des photos ou comme ça? H. L. D. : c'est par envie, par hasard aussi, parfois par rapport à l'actualité. Parfois je la précède , car je connais les problèmes de certains pays. Donc c'est plutôt un choix, c'est une volonté de témoigner. Il y a des pays qui m'attirent alors j'y vais pour voir comment ça se passe.
Vous restez longtemps dans le pays? H. L. D. : ça varie de trois semaines à un mois, parfois deux mois. Parfois j'y retourne régulièrement car c'est un travail qui a besoin de temps.
Est-ce que certaines photos représentent votre enfance? H. L. D. : Pas quelques unes mais toutes!. Ce que je ressens c'est par rapport à ce que j'ai vécu. Donc je revendique toutes les photos dans un rapport à mon enfance même si ce n'est pas ma propre enfance.- qu'est ce qui vous a donné envie? Moi quand j'étais au collège et au lycée je ne savais pas ce que je deviendrais. C'est en voyageant que j'ai vraiment eu envie de faire de la photo. C'était en Roumanie quand j'ai découvert que des enfants orphelins ou handicapés étaient enfermés dans des institutions où ils étaient en train de mourir, sans soins et sans chauffage ni beaucoup de nourriture. J'ai été tellement touché que j'ai fait des photos. C'est à partir de là que je me suis dit que je ferai de la photo mais pas n'importe laquelle. Pour moi la photo est un engagement , un combat pour pouvoir changer une situation.
Qu'est ce que vous ressentez après chaque photo? H. L. D. :c'est sûr que lorsqu'on photographie la guerre ou l'horreur dans les hôpitaux on n'a pas très bon moral. Quand je rentre en France j'ai besoin d'un temps pour me remettre. C'est sûr qu'il y a des problèmes en France mais ce n'est rien par rapport à ces pays là. C'est dur de voir ce décalage entre les pays riches et les pays pauvres, les pays qui sont en guerre.
Si vous deviez faire quelque chose pour arrêter cette situation qu'est ce que ça serait? H. L. D. :Si j'arrive à toucher des gens, vous par exemple, si vous prenez conscience de ce qui se passe dans d'autres pays, qu'il existe la guerre, la famine, l'exploitation des enfants, quand vous aurez dix huit ans c'est vous qui choisirez votre président, votre député, votre sénateur. Par votre vote vous pourrez faire pression pour une certaine politique de la France vis à vis de ces pays. Je donne un l'exemple concret de l'Irak. Il y a le problème de l'embargo c'est à dire qu'on ne laisse rien rentrer dans le pays. il n'y a pas de nourriture, pas de lait, pas de médicaments. beaucoup d'enfants meurent à cause de ça. Quand j'ai vu ça j'ai fait tout un travail contre l'embargo. J'ai voulu impressionner l'opinion publique pour qu'elle réagisse.
Avez-vous un style particulier pour prendre les photos? H. L. D. :je travaille au 24/36, format rectangulaire. C'est un format standard, pratique et simple. Je n'ai pas envie de m'encombrer par le côté technique, avec beaucoup de matériel. C'est une contrainte que je m'impose au départ qui ne limite pas ma liberté.. Et puis le choix du noir et blanc s'est imposé. La couleur c'est beaucoup plus simple à regarder, tandis que le noir et blanc c'est le domaine de l'imaginaire; le monde en gamme de gris n'existe pas. En noir et blanc tu peux trafiquer au laboratoire, c'est un travail d'artiste, tandis qu'en couleur, c'est la machine qui développe.
Il y a une photo prise en Roumanie ou un gamin se shoote à la colle. Comment vous les approchez? H. L. D. :
Est-ce que ce comportement s'apprend? est-ce que c'est l'expérience ou la personnalité? H. L. D. : moi, je crois beaucoup à la personnalité parce que chaque photographe travaille différemment. C'est pour cela d'ailleurs qu'on reconnaît les photos d'un tel ou d'un tel. Je n'ai jamais vu une école de photo qui enseigne comment se comporter.
Est-ce qu'il y a une limite à ne pas dépasser dans la photo? H. L. D. :pour moi la limite c'est le respect de l'autre. |
En Arts Plastiques |
Notions abordées au cours de l’exposition - cadrages - angles de vue - le hors champ (la présence du photographe) - instantané ou mise en scène - objectivité ou subjectivité de l’image
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imagine,
imagine…
Imaginez que nous habitons soudain l’un de ces pays sans moyens financiers. Pour faire des arts plastiques, il ne nous reste que des matériaux prélevés dans la nature, des objets sans valeur, pour pouvoir nous exprimer. Tentez alors d’interpréter une photo qui vous a plu, en utilisant le pouvoir évocateur de ces objets ou matériaux.
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"Les images sont notre habitude. Déversées par la télévision dans nos assiettes bien garnies, au rythme de nos repas bi- quotidiens, elles passent dans nos têtes comme une anecdote du monde civilisé. Mais là, sur les cimaises, l'image arrêtée, suspend pour une éternité le drame d’un enfant, d’une famille qui deviennent le symbole de tout un peuple. Là est le pouvoir de la photo, de cet instantané devant lequel on va pouvoir s’arrêter, réfléchir, méditer, penser, revenir." Anto Alquier |
Extraits d'articles de presse |
Sud-
ouest, mai 1998 - P. Manuel Réault
Hien Lam Duc est ému, l’accueil que lui a réservé le collège l’a beaucoup touché. "L’équipe responsable du projet n’est pas un galériste officiel et pourtant, elle a réalisé un travail de professionnel : l’encadrement et l’installation des photos, la réalisation de l’affiche de l’exposition, le carton d’invitation au vernissage, sont de très grande qualité. Quant aux échanges avec les élèves, ils m’ont beaucoup appris. Leur manière de lire les images avec des mots simples, leurs réflexions sur le hors champ et leurs créations personnelles à partir de mon travail m’ont étonné." Il faut reconnaître que les professeurs de français, de géographie et d’arts plastiques avaient préparé leurs classes à ces rencontres dès l’installation de l’exposition, il y a un mois, dans la galerie, lieu de passage obligé des interclasses, donc parcouru par les élèves au quotidien. Si les sixièmes se sont interrogés sur la géopolitique (la Tchéchénie, absente des atlas ?), les cinquièmes se sont prêtés, avec Anto Alquier, à une recherche particulière en arts plastiques : il s’agissait d’utiliser le pouvoir évocateur de matériaux prélevés dans la nature pour exprimer une des photos de Hien Lam Duc. Ce travail a fait naître des créations originales, étonnantes, à partir de coquilles d’œufs, ficelles, herbes séchées, plumes, cartons froissés ou peints, œuvres exposées au premier étage (à voir absolument). |
La
Dépêche du Midi, 28 mai 1998
Entre un reportage à Bagdad et un voyage en Indonésie, le photographe s’est arrêté à Riscle. Dans ce petit Beaubourg de 5,5 millions de francs, 190 élèves effleurent chaque jour de l’épaule et du regard, des œuvres photographiques épousant les méandres d’un couloir joliment courbe comme les hanches d’un modèle. Des courbes et des photos, soit deux fantaisies étranges pour un espace anonyme habituellement peuplé de courants d’air. Ici, le couloir a été rebaptisé "Galerie Bleue". Après Michel Dieuzaide, le photographe Hien Lam Duc a été invité à l’habiller jusqu’au 4 juillet. |